Vitry-sur-Seine s’apprête à marquer deux dates charnières du calendrier républicain : le 10 mai, journée nationale des mémoires de la traite et de l’esclavage, et le 23 mai, dédié aux victimes de l’esclavage colonial. Cette année encore, la commune mobilise ses lieux symboliques et ses acteurs culturels pour transformer le souvenir en un acte de sensibilisation citoyenne et de transmission historique.
Cérémonie solennelle à l’esplanade de la Mulâtresse-Solitude
Le dimanche 10 mai, la ville organise un temps de recueillement officiel sur l’esplanade de la Mulâtresse-Solitude. Ce choix géographique n’est pas anodin. Solitude, figure emblématique de la résistance en Guadeloupe, incarne le refus de la servitude. Née vers 1772, elle combattit avec acharnement contre le rétablissement de l’esclavage par les troupes napoléoniennes en 1802, avant d’être exécutée au lendemain de son accouchement.
En honorant sa mémoire sur cette esplanade, Vitry rappelle que l’histoire de l’esclavage est aussi celle d’une lutte incessante pour la dignité. Cette commémoration s’inscrit dans une volonté municipale de lever le voile sur des siècles d’oppression tout en célébrant les héros de la liberté. Les élus et les citoyens se rassembleront pour déposer des gerbes et observer un moment de silence en hommage aux millions de vies fauchées par le système colonial.
Projection du documentaire Les Âmes bossales aux 3 Cinés
Le volet culturel de cette commémoration se déplace ensuite vers le cinéma municipal Les 3 Cinés. Le public est invité à découvrir le documentaire Les Âmes bossales, une œuvre qui explore les racines de l’indépendance d’Haïti. Le terme « bossale » désignait historiquement les esclaves nés en Afrique, par opposition aux « créoles » nés dans les colonies. Ce sont ces hommes et ces femmes, restés proches de leurs racines et de leurs traditions, qui furent le fer de lance de la révolution haïtienne.
Le réalisateur Francois Perlier sera présent pour échanger avec les spectateurs après la projection. Son film ne se contente pas de regarder le passé ; il tisse des liens directs avec la situation contemporaine d’Haïti. Le peuple haïtien continue aujourd’hui de puiser dans cet héritage de résistance pour affronter la violence sociale et politique actuelle. La séance se terminera par un moment d’échange convivial, le verre de l’amitié, organisé avec le soutien de l’Afhsa (Association France-Haïti de solidarité et d’amitié).

Un devoir de mémoire ancré dans la loi Taubira
Ces événements locaux font écho à la loi Taubira du 21 mai 2001, qui a officiellement reconnu la traite négrière transatlantique et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Entre le XVe et le XIXe siècle, plus de 11 millions d’êtres humains ont été arrachés à l’Afrique pour alimenter les exploitations coloniales des Amériques. Ce traumatisme historique, longtemps occulté dans les manuels scolaires, nécessite un travail de pédagogie constant.
À l’instar des commémorations de l’esclavage organisées dans d’autres grandes villes françaises, Vitry s’engage à ce que ce passé ne soit plus un silence. L’implication des associations locales et la présence de figures de la recherche ou du cinéma permettent d’apporter un éclairage nuancé sur les mécanismes de domination et les ressorts de l’émancipation.
Points clés des commémorations
- Dimanche 10 mai : Cérémonie officielle sur l’esplanade de la Mulâtresse-Solitude.
- Projection-débat : Film Les Âmes bossales aux 3 Cinés avec Francois Perlier.
- Partenariat : Présence de l’Association France-Haïti de solidarité et d’amitié (Afhsa).
- Objectif : Sensibilisation au devoir de mémoire et à l’histoire de la résistance coloniale.
La participation de l’Afhsa souligne l’importance des liens de solidarité internationale qui unissent Vitry aux nations ayant lutté pour leur souveraineté. L’événement est ouvert à tous les habitants souhaitant approfondir leur compréhension de cette part fondamentale de l’histoire mondiale.
Source: Ville de Vitry-sur-Seine
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