Sur le pavé de la place des Martyrs de la Résistance, deux petits drapeaux, l’un tricolore et l’autre britannique, encadrent désormais un nom gravé dans la pierre : celui du Major Andrew Croft. Ce 8 mai 2026, l’émotion était palpable lorsque Julia Korner, venue spécialement de Londres, s’est inclinée devant cet hommage rendu à son père. Pour la première fois sur le sol français, cet officier de l’ombre, acteur clé de la Libération de Montpellier, reçoit une reconnaissance officielle et pérenne.
Un recueillement intime place des Martyrs de la Résistance
Avant de rejoindre le protocole officiel au Monument aux Morts, la famille de l’officier britannique a souhaité un moment de recueillement plus personnel. Julia Korner, consultante en art et cofondatrice du Andrew Croft Memorial Fund, a déposé une gerbe de fleurs sur le pavé de mémoire dédié à son père. Ce dispositif mémoriel, spécifique à Montpellier, permet d’inscrire dans l’espace public les noms de ceux qui ont combattu pour la liberté, souvent loin de leurs terres natales.
Accompagnée de ses proches, elle a souligné la portée symbolique de ce geste. Pour cette famille venue d’outre-Manche, voir le nom d’Andrew Croft figurer aux côtés de ses frères d’armes du maquis de Bir Hakeim représente l’aboutissement d’un long travail de mémoire. Cette cérémonie matinale a permis d’évoquer le souvenir d’un homme qui, après avoir exploré les pôles, a choisi de risquer sa vie dans les montagnes de l’Hérault.
L’épopée de l’opération Snow White dans l’Hérault
Le destin du Major Andrew Croft bascule dans la nuit du 16 au 17 août 1944. Parachuté sur les hauteurs de Saint-Pons-de-Thomières, cet officier expérimenté du Special Operations Executive (SOE) — le service secret créé par Winston Churchill — dirigeait le commando de l’opération Snow White (Blanche-Neige). Sa mission était claire mais périlleuse : harceler les troupes allemandes, notamment la 11e Panzerdivision, alors en plein repli vers la vallée du Rhône après le débarquement allié en Provence.
Récupéré par les résistants du maquis de Bir Hakeim, Andrew Croft arrive dans un contexte tragique, peu après les combats meurtriers de La Parade. Aux côtés de François Rouan, alias « Montaigne », il a joué un rôle déterminant dans la réorganisation du maquis. Son expertise militaire et son sang-froid ont permis de multiplier les sabotages et les embuscades contre les colonnes ennemies sur les routes secondaires du Languedoc, facilitant ainsi la progression vers la ville.
Un héritage partagé entre Londres et le Languedoc
Lors de la cérémonie au Monument aux Morts, le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, a rappelé que le Major Croft fut accueilli en héros sur la place de la Comédie le 25 août 1944. « Nos drapeaux sont liés sur son pavé, comme nous sommes liés par notre histoire commune », a déclaré l’élu, soulignant l’importance de ce lien transmanche forgé dans la Résistance. Cette reconnaissance tardive doit beaucoup à Gary Lawrence, un citoyen britannique installé à Montpellier, qui a servi de trait d’union entre la municipalité et la famille Croft.
En signe de gratitude, Julia Korner a remis à la Ville un ouvrage intitulé SOE Opération Snow White, regroupant des documents inédits et des témoignages sur l’action de son père. Andrew Croft, décédé en 1998, avait laissé des mémoires détaillant son engagement. Aujourd’hui, son nom n’est plus seulement consigné dans des livres d’histoire ou des archives militaires ; il appartient désormais au patrimoine quotidien des Montpelliérains qui traversent la place des Martyrs de la Résistance.
Source: En Commun – Montpellier
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