Le quartier de Figuerolles a désormais un nouveau trait d’union. Le 18 mai dernier, une foule dense s’est pressée entre les rues Adam de Craponne et Bouschet de Bernard pour l’inauguration de la rue Michel Passet. Ce passage piétonnier, bordé de résidences modernes, ne se contente pas de desservir de nouveaux logements ; il s’inscrit sur une emprise foncière chargée d’un siècle de labeur et de culture alternative, là où battait autrefois le cœur de la menuiserie Vergnes et de la célèbre Friche à Mimi.
Un siècle d’histoire du bois au cœur de Figuerolles
L’histoire de cet îlot urbain remonte au milieu des années 1920. À cette époque, le quartier est le centre névralgique du travail du bois à Montpellier, profitant de la proximité stratégique de la gare Chaptal. C’est ici que Joseph Vergnes, succédant à un charpentier, installe sa menuiserie. Pendant plus de soixante ans, l’activité prospère, rythmée par l’odeur de la sciure et le passage des camions, jusqu’à ce que les difficultés d’accès au centre-ville ne rendent l’exploitation industrielle problématique dans les années 1980.
À la disparition de l’activité artisanale, le site aurait pu succomber immédiatement à la pression immobilière. C’était sans compter sur Marie-Louise Vergnes, la fille du menuisier, que tout le quartier surnommait affectueusement Mimi. Elle transforme alors l’ancien atelier en un espace d’agitation culturelle : La Friche à Mimi. Ce lieu pionnier, précurseur des tiers-lieux actuels, a permis de maintenir une vie sociale et artistique intense au cœur de Figuerolles, repoussant pendant des années les projets de promotion immobilière classique.

La “porosité” urbaine comme signature politique
L’aménagement actuel, qui mêle habitat moderne et espace public, résulte d’une vision urbanistique précise que Michel Passet, ancien élu communiste, avait chevillée au corps. Lors de la cérémonie, Michaël Delafosse, maire de Montpellier, a rappelé l’enseignement de celui qui fut son mentor en politique : la nécessité de travailler sur les « porosités ».
Cette notion d’urbanisme consiste à exiger des promoteurs privés qu’ils ouvrent leurs projets sur la ville. Plutôt que de construire des îlots fermés et sécurisés, la municipalité a imposé la création de cette voie publique piétonne. Ce cheminement, qui traverse ce qui était autrefois une propriété privée, illustre une volonté de faire payer les aménagements urbains par ceux qui bénéficient de la rente foncière, garantissant ainsi que le développement de la ville profite à tous les habitants du quartier.

Michel Passet, un parcours de l’usine à l’Hôtel de Ville
Le choix de donner le nom de Michel Passet à cette rue n’est pas seulement un hommage à un élu local, mais une reconnaissance de son parcours militant. Avant de devenir une figure centrale de la vie politique montpelliéraine, Michel Passet a forgé ses convictions comme ouvrier chez Peugeot à Sochaux. Son engagement l’a mené jusqu’au secrétariat de Georges Marchais au comité central du PCF, avant qu’il ne s’installe dans l’Hérault en 1983.
Élu à la Ville et à l’Agglomération de 1995 à 2014, il a successivement géré les dossiers de la jeunesse, de la vie associative et du patrimoine. Ses anciens collègues, comme Hélène Mandroux, maire honoraire, ou ses héritiers politiques Hervé Martin et Clara Gimenez, ont souligné sa capacité à allier rigueur idéologique et humanité. Son action ne s’arrêtait pas aux frontières de la commune ; il fut l’un des artisans du jumelage entre Montpellier et Bethléem, portant une vision de la fraternité internationale au quotidien.

Un lien physique entre passé industriel et futur résidentiel
Aujourd’hui, la rue Michel Passet serpente comme une « rivière rougeoyante » au milieu des nouveaux immeubles. Pour les habitants de Figuerolles, ce passage est plus qu’une adresse postale. Il symbolise la transition réussie entre l’époque des charpentiers de la gare Chaptal, l’effervescence culturelle de la Friche à Mimi et les besoins contemporains de logements.
En reliant physiquement deux rues historiques du quartier, cette nouvelle voie piétonne assure la continuité du tissu urbain. Elle permet aux résidents de se réapproprier un espace longtemps resté clos, tout en honorant la mémoire d’un homme qui, selon les mots de ses enfants, avançait avec ses idées comme d’autres avec une boussole. La plaque dévoilée ce 18 mai marque ainsi la fin d’une mutation urbaine majeure pour ce secteur emblématique de Montpellier.
Source: En Commun – Montpellier
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