Sous le soleil de la place de l’Hôtel de ville, le silence s’est imposé le temps d’un recueillement inédit. Une centaine de Nîmois se sont réunis ce dimanche 10 mai pour assister à une cérémonie qui fera date dans le calendrier local. Pour la toute première fois, la municipalité a officiellement pris part à la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, marquant un tournant dans la politique mémorielle de la cité gardoise.
Aux côtés du maire Vincent Bouget et de plusieurs élus de la majorité, les citoyens présents ont partagé un moment de solennité. L’événement ne s’est pas limité à un simple protocole administratif ; il a pris une dimension charnelle et artistique grâce à la voix d’Alix di Jusco. L’auteur et metteur en scène nîmois a interprété un extrait du Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire, dont les mots puissants ont résonné contre les façades de pierre, rappelant la réalité brutale du passé colonial.
Un recueillement inédit sur la place de l’Hôtel de Ville
Cette initiative répond à une volonté d’inscrire la commune dans une démarche de vérité historique. Si la France a été la première ancienne puissance coloniale à reconnaître la traite et l’esclavage comme des crimes contre l’humanité, l’application locale de cette reconnaissance varie selon les territoires. En s’engageant officiellement dans cette commémoration, la ville rejoint un mouvement national de transmission indispensable pour les jeunes générations.
Le choix de la date n’est pas le fruit du hasard. Elle fait écho à l’adoption de la Loi Taubira du 10 mai 2001. Vingt-cinq ans après ce texte législatif fondateur, l’hommage nîmois vient combler un vide institutionnel. Pour les participants, cette reconnaissance publique permet de lever le voile sur des souffrances longtemps restées dans l’ombre des récits officiels.
La reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité
Lors de son allocution, Vincent Bouget a souligné l’importance de regarder l’histoire en face, sans détour. Il a rappelé que si un quart de siècle s’est écoulé depuis la loi de 2001, ce laps de temps est infime au regard des siècles d’oppression vécus par les victimes de la traite négrière. L’esclavage n’est pas seulement une page isolée des manuels scolaires, mais une part intégrante de l’histoire commune de la République.

Le maire a insisté sur le fait que l’ensemble des sociétés coloniales européennes ont été bâties sur ce système, et que le devoir de mémoire est une responsabilité collective. Cette cérémonie marque ainsi la volonté de la municipalité de ne plus occulter cette part de l’identité nationale, en reconnaissant les souffrances passées pour mieux construire la cohésion sociale d’aujourd’hui.
Un futur lieu de mémoire annoncé pour les Nîmois
L’hommage de ce dimanche n’est que la première étape d’un projet plus vaste. Au-delà des discours et des lectures poétiques, la municipalité souhaite ancrer cette mémoire dans la géographie urbaine. Vincent Bouget a profité de ce rassemblement pour annoncer la création future d’un lieu dédié spécifiquement aux victimes de l’esclavage au sein de la ville.
Ce projet de mémorial local visera à offrir un espace permanent de réflexion et d’enseignement. Bien que les détails de l’emplacement et de la forme architecturale restent à préciser, l’annonce a été accueillie comme un signal fort par les associations et les citoyens engagés. Ce futur site aura pour mission de pérenniser la transmission de cette histoire, garantissant que le sacrifice et la résilience des populations asservies ne tombent plus jamais dans l’oubli collectif.
Source: Vivre Nîmes (Ville de Nîmes)
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