Façade d'un immeuble en démolition révélant des espaces de vie intérieurs détruits.

À Vitry, des familles quittent leur cité avant les démolitions

« Au moins, on a l’ascenseur pour nous ! » Ayélé préfère en plaisanter. Installée à la Cité Germain-Defresne depuis 2004, elle vit encore avec sa mère et son frère parmi les derniers occupants de leur bâtiment. Dans le décompte communiqué par la Ville, 37 familles restent à reloger.

Leur départ précède la démolition partielle de cette résidence de Vitry-sur-Seine. Sur les 12 escaliers existants, neuf doivent disparaître dans le cadre du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain. Au total, 264 familles sont concernées par le relogement.

Par la rédaction de tagafruit.fr, d’après les éléments publiés par la Ville de Vitry-sur-Seine.

Neuf escaliers sur douze voués à la démolition

Le projet de renouvellement urbain a été acté en 2022 avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine. La disparition de la plus grande partie de la résidence doit libérer l’espace nécessaire à un mail traversant d’est en ouest, à des zones végétalisées et à un city stade.

Des immeubles plus petits doivent également remplacer le modèle des grandes barres. Le relogement s’effectue notamment dans le parc de Valdevy, avec l’appui des constructions réalisées aux Ardoines et à Rouget-de-Lisle.

À Vitry, des familles quittent leur cité avant les démolitions

Pour les habitants, la transition dépasse toutefois la question du logement. Certains quittent un lieu où plusieurs générations ont grandi, noué des amitiés et organisé leur vie quotidienne.

Des champs aux 318 logements inaugurés en 1967

Un siècle plus tôt, des champs occupaient encore le secteur. Il se trouvait à l’écart de l’église Saint-Germain et du Port-à-l’Anglais, tandis que l’actuelle allée du Château, de l’autre côté de la rue Henri-Barbusse, conduisait au parc du château de Vitry aujourd’hui disparu.

Au XIXe siècle, les manufactures, le tramway et le train vers Paris attirent de nombreuses familles ouvrières. Les logements disponibles restent souvent rudimentaires. Dans une lettre de 1956, un manœuvre raconte ainsi vivre rue Germain-Defresne avec sa compagne et deux enfants dans un « poulailler étayé ».

La pression démographique explique l’urgence de construire : Vitry-sur-Seine passe de 8 000 habitants en 1896 à 52 000 en 1954. En septembre 1955, la commune décide d’acquérir 10 000 mètres carrés pour édifier une HLM accessible aux ménages modestes.

À Vitry, des familles quittent leur cité avant les démolitions

Construite entre 1963 et 1967 près du cimetière ancien, la cité réunit trois barres de 9 à 14 étages et 318 logements. Elle est inaugurée le 22 janvier 1967 en présence du maire Marcel Rosette et du député Georges Gosnat.

Le football, les réverbères et le Mac Val

Nadjib Badis, enfant du quartier dans les années 1990, se souvient des parties de football entre amis. La consigne de ses parents était simple : lorsque les réverbères s’allumaient, il disposait de dix minutes pour rentrer.

Les sorties en minibus du centre de loisirs et les activités destinées aux jeunes ont aussi façonné cette vie collective. Nadjib Badis dirige aujourd’hui la partie consacrée aux adolescents dans ce même centre de quartier.

Arrivée à l’âge de 7 ans, Ayélé a vu le Mac Val remplacer le terrain en friche qu’elle observait depuis son balcon. Elle se rappelle sa première visite scolaire, au milieu d’une installation faite de grands « spaghettis » suspendus. Depuis 2021, le tramway T9 a également rapproché le quartier de Paris.

À Vitry, des familles quittent leur cité avant les démolitions

L’association Street Vibes, fondée par des jeunes de la cité, prolonge cet esprit collectif à travers des fêtes intergénérationnelles, des distributions alimentaires et des entretiens consacrés aux métiers.

Des souvenirs conservés dans une capsule jusqu’en 2055

Face aux départs, Valdevy a lancé en 2023 le projet Mosaïque. Pendant deux ans, des artistes et des acteurs locaux ont recueilli les récits des habitants sur leur immeuble et leur quartier.

Le travail a produit un podcast gravé sur vinyle, des photographies, une fresque et un recueil de souvenirs culinaires. Un exemplaire de chaque création a été placé dans une capsule scellée, destinée à être ouverte en 2055.

Trente-sept familles encore en attente d’un nouveau logement

Le calendrier précis des démolitions n’est pas indiqué dans le récit municipal. La prochaine étape confirmée reste l’achèvement du relogement des 37 familles encore présentes.

Ayélé espère retrouver un lieu où elle se sentira bien. Ses amies d’enfance ont toutes habité Germain-Defresne et, malgré les départs, elle continue de revenir près des jeux : « J’ai tant de souvenirs ici. »

Source: Ville de Vitry-sur-Seine

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