Derrière une grille rouillée et quelques hangars qui bordent le parc des Lilas, un terrain de 1,4 hectare détonne dans le paysage urbain de la petite couronne parisienne. C’est ici que Lucie de Framond, gérante de l’exploitation « La Clef des sols », cultive la terre avec une philosophie de sobriété radicale. Entre les rangs d’épinards, de poireaux et les pommiers en fleurs, cette maraîchère bio prouve qu’une agriculture productive et respectueuse du vivant est possible aux portes de la capitale.
Contexte pour les lecteurs
- Lieu : Une parcelle de 1,4 hectare située à Vitry-sur-Seine, limitrophe du parc des Lilas.
- Production : Plus de quarante espèces de fruits, légumes et aromates, dont trente variétés de tomates.
- Modèle économique : Vente directe via un site internet et un partenariat avec une Amap locale.
- Méthode : Maraîchage biologique sur sol vivant, sans engins motorisés ni produits chimiques.
Un hectare et demi de biodiversité urbaine
Lorsqu’elle reprend ce site il y a douze ans, Lucie de Framond hérite d’un terrain marqué par l’horticulture hors-sol. La terre était alors tassée et sèche comme du béton. Aujourd’hui, le sol a retrouvé sa souplesse et sa vitalité grâce à un travail patient de ré-insufflation de la vie. L’écosystème local s’est densifié : insectes, oiseaux et même quelques renards fréquentent désormais les serres et le verger où cohabitent blettes, aubergines, groseilles et poires.
Cette transformation s’inscrit dans la longue tradition maraîchère de Vitry-sur-Seine, autrefois nourricière de Paris. En exploitant cette surface en pleine terre, Lucie de Framond maintient un lien physique avec l’histoire agricole de la commune tout en répondant aux enjeux contemporains de résilience alimentaire. Sa production, certifiée bio, alimente les habitants du quartier via des circuits courts, renforçant le tissu social local.
Le parcours d’une ingénieure devenue maraîchère
Le lien de Lucie avec la nature remonte à son enfance, passée à grimper aux arbres et à observer le ciel. Fille d’un ingénieur informatique passionné par le monde rural, elle s’oriente naturellement vers des études d’ingénieure forestière. Après avoir travaillé dans la sylviculture puis comme chargée de développement durable à la mairie de Tremblay-en-France, elle ressent le besoin impérieux de transformer son action théorique en engagement manuel.

Le déclic survient en 2010 lors d’une exposition sur la construction en terre crue. Si elle renonce initialement aux chantiers pour des raisons familiales, elle s’engage dès 2012 dans une reconversion vers le maraîchage bio. Après l’obtention de son Brevet professionnel de responsable d’entreprise agricole (BPREA) en 2014, elle obtient un bail rural auprès du département du Val-de-Marne pour s’installer sur son terrain actuel.
Une méthode de culture sans moteur ni chimie
La particularité de La Clef des sols réside dans son refus quasi total de la mécanisation. Lucie de Framond travaille la terre à la main, sans tracteur ni motoculteur. Cette approche, qu’elle qualifie de « flemmardise intelligente », consiste à repenser sans cesse les modes opératoires pour laisser la nature accomplir la majeure partie du travail de régénération. Elle utilise des graines issues de sa propre production et protège ses cultures avec des préparations bactériologiques issues de son compost.
Cette exigence a un coût : une charge de travail immense pour une rémunération qui permet tout juste de couvrir les factures. Pourtant, l’engagement reste intact. Le 1er mars 2026, son expertise sera d’ailleurs mise à l’honneur lors de l’émission « Sauvons le soldat poireau ! » sur France Inter. Pour Lucie de Framond, chaque ponte de mante religieuse préservée et chaque panier de légumes livré est une preuve concrète que l’alternative agricole n’est pas une utopie, mais une réalité tangible au cœur de la ville.
Source: Ville de Vitry-sur-Seine
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